Hugo Villaspasa, L'ennui III, dessin 2008

samedi 14 novembre 2015

De la barbarie



Alors que la France se réveille une nouvelle fois meurtrie et bouleversée par l'innommable, la barbarie la plus aveugle et abjecte, la diffusion en avant-première ce mardi 10 novembre à l'Arras Film Festival du film d'Emmanuel et de Daniel Leconte sur les attentats du mois de janvier à Charlie Hebdo  rappelait à nos consciences aisément oublieuses cette folie meurtrière qui déchaîna des esprits débiles, lâches et malades contre la liberté d'expression. Etions-nous débarrassés de la peste terroriste ? Pouvions-nous vivre désormais tranquilles ? Plusieurs alertes et puis cet acte d'hier soir - dont on a bien de peine à se remettre - nous indiquent qu'il n'en est rien. Dans une salle comble, l'émotion fut vive à la projection de ce documentaire. Il rend hommage à l'équipe du journal satirique en s'attardant grâce à des images d'archives sur l'avant, le pendant et l'après attentat du 7 janvier. Conscients du danger qu'ils encouraient à la réalisation et diffusion de leur travail commun, Daniel et Emmanuel Leconte répondaient avec coeur et intelligence aux questions du public. Parce qu'en dépit du risque assumé, ils ont eu le courage de prendre en charge un tel témoignage, parce qu'au regard des événements tragiques de ce vendredi 13 novembre il est plus que jamais nécessaire et urgent de mettre la seule émotion à distance, de réfléchir à l'horreur et de s'insurger contre l'intégrisme et le fanatisme religieux, prenons le temps de voir ce film sincère et beau. Sincère et beau comme ces dessins, ces visages, ces sourires et ces rires d'une bande de potes attachés à vivre libres et à en défendre les droits. L'ignorance est le terreau de la superstition. Porter à la connaissance de tous la parole citoyenne, sensible et raisonnable de journalistes et d'artistes qui pensent et nous questionnent est l'une de nos responsabilités majeures. L'oublier serait se condamner à revivre l'histoire.

Le film sortira en salle le 16 décembre.

dimanche 8 novembre 2015

Notre avenir

Alors que les dirigeants du monde entier se réuniront prochainement lors de la COP21, pour décider du sort de la planète, sortira le 2 décembre un film à ne pas manquer. Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent a le mérite de ne pas s'attarder sur les nombreuses conséquences du réchauffement climatique et de la crise écologique, sur la catastrophe annoncée. Tout cela nous le savons déjà et la prise de conscience de la menace et de l'urgence d'une action collective à l'échelle planétaire date déjà de plusieurs décennies. Lors des différentes conférences mondiales sur l'environnement, les décideurs politiques n'ont pourtant pas encore pris les mesures vraiment nécessaires pour inverser la tendance. Heureusement, des citoyens n'ont pas attendu les politiques pour agir. C'est ce que le film Demain nous révèle. Articulé en cinq parties, ce documentaire explore les expériences citoyennes menées aux quatre coins du monde dans les domaines de l'agriculture, de l'énergie, de l'économie, de la démocratie et de l'éducation. Permaculture, agro-écologie, énergies renouvelables, villes en transition, écolonomie, production de monnaies locales, pratiques participatives qui renouvellent la démocratie, expériences éducatives innovantes sont autant de tentatives et d'aventures menées dans l'espoir de changer le cours des choses. Cela se fait à échelle locale, suppose une diversité de démarches complémentaires qui témoignent d'une richesse d'imagination arpentant le champ des possibles, d'un renoncement aux diktats d'une économie marchande caractérisée par la pleonexia. Nous ne sommes pas ici dans l'utopie et le doux rêve mais bel et bien dans une réalité en train de se faire et qui par son exemple ne peut que réveiller s'il en était besoin la conscience de chacun et son envie de s'impliquer. 

Voir le site informatif du film : demain-lefilm.com

samedi 7 novembre 2015

Liberté, je crie ton nom


Hugo Villaspasa

"Un mot le fascinait, il ouvrait la porte d'un univers de beauté et d'inépuisable amour, dans lequel l'homme était un dieu qui de ses pensées faisait des miracles. C'était fou, il en tremblait, la chose ne paraissait pas seulement possible, elle disait qu'elle seule était réelle.
Une nuit, il s'entendit murmurer sous la couverture. Les sons sortaient d'eux-mêmes, comme forçant le passage entre ses lèvres pincées. Il résista, tenaillé par la peur, puis se relâcha et tendit l'oreille à ses mots. Une décharge électrique le traversa. La respiration lui manquait, il s'entendait répéter ce mot qui le fascinait, qu'il n'avait jamais utilisé, qu'il ne connaissait pas, il en hoquetait les syllabes : "Li...ber...té... li....ber...té... li-ber-té... li-ber-té... liberté... liberté..." ...C'était un cri intérieur..."

Boualem Sansal, 2084.