Hugo Villaspasa, L'ennui III, dessin 2008

samedi 7 novembre 2015

Liberté, je crie ton nom


Hugo Villaspasa

"Un mot le fascinait, il ouvrait la porte d'un univers de beauté et d'inépuisable amour, dans lequel l'homme était un dieu qui de ses pensées faisait des miracles. C'était fou, il en tremblait, la chose ne paraissait pas seulement possible, elle disait qu'elle seule était réelle.
Une nuit, il s'entendit murmurer sous la couverture. Les sons sortaient d'eux-mêmes, comme forçant le passage entre ses lèvres pincées. Il résista, tenaillé par la peur, puis se relâcha et tendit l'oreille à ses mots. Une décharge électrique le traversa. La respiration lui manquait, il s'entendait répéter ce mot qui le fascinait, qu'il n'avait jamais utilisé, qu'il ne connaissait pas, il en hoquetait les syllabes : "Li...ber...té... li....ber...té... li-ber-té... li-ber-té... liberté... liberté..." ...C'était un cri intérieur..."

Boualem Sansal, 2084.

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